Pacte Dutreil et société holding animatrice

Actualité
du 30 Mai 2022
Henri
LEYRAT
Animateur Scientifique AUREP

La perte de la qualité de société holding animatrice postérieure à la transmission des titres n’emporte pas remise en cause du dispositif « Dutreil-transmission », cette condition n’étant pas énoncée par la loi (Cass. com., 25 mai 2022, n° 19-25.513) :

Dans cette affaire, une société holding animatrice de groupe avait l’objet d’un pacte Dutreil lors du décès, en 2010, d’un associé. Plus précisément, la fille du défunt avait pris dans la déclaration de succession un engagement individuel de conservation, ce qui laisse entendre qu’il s’agissait d’un engagement collectif réputé acquis.

 

Avant le terme de l’engagement individuel, la holding avait cédé la plupart de ses participations, lui faisant ainsi perdre sa qualité de société holding animatrice. L’administration fiscale remit donc en cause l’exonération et fut suivie sur cette voie par la Cour d’appel.

Actu 220530

 

Sur pourvoi en cassation des héritiers, la Cour de cassation casse l’arrêt d’appel :

 

« Vu l'article 787 B du code général des impôts, dans sa rédaction issue de la loi n° 2009-1673 du 30 décembre 2009 :

 

6. Selon ce texte, les parts ou les actions d'une société ayant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale transmises par décès ou entre vifs sont, à condition qu'elles aient fait l'objet d'un engagement collectif de conservation présentant certaines caractéristiques, et d'un engagement individuel de conservation pendant une durée de quatre ans à compter de l'expiration de l'engagement collectif, exonérées de droits de mutation à titre gratuit, à concurrence de 75 % de leur valeur.

 

7. Est assimilée à une telle société la société holding qui, outre la gestion d'un portefeuille de participations, a pour activité principale la participation active à la conduite de la politique de son groupe et au contrôle de ses filiales exerçant une activité commerciale, industrielle, artisanale, agricole ou libérale et, le cas échéant et à titre purement interne, la fourniture à ces filiales de services spécifiques, administratifs, juridiques, comptables, financiers et immobiliers, le caractère principal de son activité d'animation de groupe devant être retenu notamment lorsque la valeur vénale, au jour du fait générateur de l'imposition, des titres de ces filiales détenus par la société holding représente plus de la moitié de son actif total.

 

8. Pour dire fondée la remise en cause, par l'administration fiscale, de l'exonération partielle de droits de succession à laquelle prétendait [E] [X]  [la fille], l'arrêt, après avoir relevé qu'il n'était pas contesté que la société [X] entreprises était, au jour du décès de [J] [X] [le défunt], une holding animatrice d'un groupe de sociétés dont elle assurait le pilotage, et déduit que les héritiers de [J] [X] pouvaient utilement revendiquer le bénéfice des dispositions de l'article 787 B du code général des impôts, énonce cependant que, s'agissant d'une société holding, le bénéfice de l'avantage fiscal accordé par ce texte ne peut se concevoir, au regard de l'objectif fixé par le législateur, et, sauf à vider la loi de sa substance, que si ladite société conserve, pendant la durée exigée, sa fonction d'animation d'un groupe formé de filiales, lesquelles doivent, sauf circonstances indépendantes de leur volonté, comme c'est le cas, par exemple, dans l'hypothèse d'une procédure collective, conserver une activité économique. Il énonce ensuite que rien n'impose que le périmètre de ce groupe demeure immuable et qu'un changement d'activité économique peut être envisagé, sous réserve que la holding conserve, à l'égard de ses nouvelles filiales, son rôle d'animation.

9. Il en déduit que l'administration fiscale est fondée à soutenir que la perte, par la société [X] entreprises, de sa fonction d'animatrice de groupe avant l'expiration du délai légal de conservation des parts rend la transmission de ces parts inéligible à l'exonération partielle, faute de satisfaire aux conditions légales.

 

10. En statuant ainsi, la cour d'appel, qui a ajouté à la loi une condition qu'elle ne comporte pas, a violé le texte susvisé ».

 

En statuant sur le fond, la Haute juridiction précise que :

 

« 13. Il résulte des constatations des juges du fond que la société [X] entreprises était, au jour du décès de [J] [X], une société holding animatrice d'un groupe de sociétés, que [E] [X] a conservé les titres de cette société pendant la période de son engagement, soit quatre années, et que les dirigeants, MM. [I] et [P] [X], sont demeurés à la tête de cette société pendant la durée requise de trois ans, de sorte que [E] [X] remplissait les conditions pour bénéficier de l'exonération partielle de droits de succession, prévue à l'article 787 B du code général des impôts, sur la valeur des parts de la société [X] entreprises dont elle a hérité.

 

14. Il convient, dès lors, d'annuler la décision de rejet de la réclamation de [E] [X] et de prononcer la décharge des rappels de droits d'enregistrement mis en recouvrement ».

 

Avis de l’AUREP : cette solution extrêmement favorable au contribuable invite à la prudence.

 

Certes, et contrairement à ce que précise la doctrine administrative (BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10, 21 déc. 2021, § 25 et 55), l’article 787 B du CGI n’impose pas le maintien d’une activité éligible sur toute la durée des engagements, mais au seul jour de la transmission. Rendue au sujet d’une société holding animatrice, la solution devrait être transposable à toutes les activités éligibles.

Pour autant, l’esprit des auteurs du texte visait à imposer le maintien de l’activité éligible sur toute la période des engagements, de sorte qu’il est possible que la loi évolue sur ce point.

Droit fiscal
Henri
LEYRAT
Animateur Scientifique AUREP