Tutelle et assurance-vie

Actualité
du 4 Janvier 2022
Henri
LEYRAT
Animateur Scientifique AUREP

L’ordonnance du juge des tutelle autorisant le tuteur à modifier la clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie souscrit par une personne sous tutelle n’a pas à être notifiée au bénéficiaire non acceptant du contrat (Cass. 1ère civ., 17 nov. 2021, n° 20-12.711) :

 

Une personne a souscrit plusieurs contrats d’assurance-vie, désignant comme bénéficiaires son fils et sa fille et, en cas de prédécès de l’un d’eux, le survivant. Sa fille est décédée en 2011, en laissant pour lui succéder ses deux filles. Par la suite, la souscriptrice a été placée sous tutelle. Par ordonnance du 11 février 2013, le juge des tutelles a autorisé le tuteur à modifier la clause bénéficiaire des contrats d’assurance sur la vie au profit des héritiers selon la dévolution légale. La souscriptrice est décédée le 8 novembre 2017. Le 15 janvier 2018, le fils a formé appel de l’ordonnance du 11 février 2013.

 

Actu 220104

 

La Cour d’appel lui donne raison, de sorte que la tutrice se pourvoit en cassation.

 

La Cour de cassation casse l’arrêt au visa des articles 1230, 1239, celui-ci dans sa rédaction antérieure à celle issue du décret n° 2019-756 du 22 juillet 2019, et 1241-1 du code de procédure civile, et l’article L. 132-9 du code des assurances.

 

Pour la Haute juridiction :

« 8. Aux termes du premier de ces textes, toute décision du juge est notifiée, à la diligence du greffe, au requérant, à la personne chargée de la protection ou à l’administrateur légal et à tous ceux dont elle modifie les droits ou les obligations résultant de la mesure de protection.

 

9. Selon le deuxième, les personnes énumérées à l’article 430 du code civil, même si elles ne sont pas intervenues à l’instance, peuvent former appel des décisions du juge dans un délai de quinze jours.

 

10. Selon le troisième, le délai d’appel contre les ordonnances rendues par le juge des tutelles court, à l’égard des personnes à qui l’ordonnance doit être notifiée, à compter de cette notification et, à l’égard des autres personnes, à compter de l’ordonnance.

 

11. Il résulte du quatrième que seule l’acceptation du bénéfice du contrat d’assurance sur la vie par le bénéficiaire, avant son dénouement, a pour effet de rendre irrévocable la désignation et qu’en l’absence d’une telle acceptation, le souscripteur reste libre de la modifier.

 

12. Pour déclarer recevable l’appel formé par M. [N] [le tuteur], l’arrêt retient que l’ordonnance du juge des tutelles aurait dû lui être notifiée, dès lors qu’elle a modifié le quantum des droits de celui-ci dans les contrats d’assurances sur la vie souscrits par sa mère et qu’en l’absence d’une telle notification, le délai d’appel n’a pas commencé à courir.

 

13. En statuant ainsi, alors qu’en l’absence d’acceptation du bénéfice de ces contrats, M. [N] [le tuteur] n’avait aucun droit acquis à leur capital, de sorte que l’ordonnance litigieuse n’avait pas à lui être notifiée, la cour d’appel a violé les textes susvisés ».

 

Avis de l’AUREP : cette solution est logique dans la mesure où le bénéficiaire non acceptant n’a aucun droit acquis sur les capitaux-décès.

 

 

Droit civil
Henri
LEYRAT
Animateur Scientifique AUREP